Jean-Emilien

Madagascar dans son bordel et son mode d’emploi nous permet de rencontrer assez facilement des artistes. Ce qui nous surprend, c’est leur accessibilité et leur simplicité, leur envie de partager ce qui les passionne : leur musique, leur culture.

Jean-Emilien est « l’homme orchestre » champion du monde d’harmonica. Son nom nous était parvenu lorsque nous nous trouvions encore à Fianar (une fois de plus vous allez dire). Faute de temps, nous avions, à contre-coeur, renoncé à nous lancer à la recherche de cet harmoniciste apparemment talentueux.

Après une longue route en train Fianarantsao-Manakara, que nous conseillons à tous les routards désireux de côtoyer la nature luxuriante qu’offre Mada, nous recherchons la pizzeria tenue par Gregor et sa femme. Gregor est l’ancien violoniste du groupe breton « Manau » – bonne adresse pour repartir sur de nouvelles rencontres musicales et aussi s’en mettre plein la panse, il faut l’avouer.

A table, nous surprenons Gregor, du coin de l’oeil, qui installe une scène. A l’affiche : Jean-Emilien. Nous n’hésitons plus une seconde : une poignée de main, une bière et un rendez-vous pour l’enregistrement du lendemain.

Ce soir-là, Jean-Emilien a mis le feu au parquet de la petite scène improvisée du « Kaméléon ». Cabosse (guitare traditionnelle malgache) électrique, harmonica, sa voix et puis surtout ses pieds qui frappent les planches au rythme de sa musique typiquement malgache. On comprend la réputation « d’homme orchestre » qu’il s’est faite. Le lendemain, il nous donne rendez-vous dans un lieu sacré de Manakara, à l’embouchure de l’océan Indien et du canal des Pangalanes. Il arrive à vélo avec, sur son dos, sa cabosse acoustique et son harmonica.

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Jean-Emilien est un artiste de renom, le seul que nous avons rencontré qui s’exporte. Le seul, donc, qui pourrait prétendre gagner sa vie de par son métier, et pourtant… Nous apprenons, à nouveau, qu’être musicien, ici, est compliqué. Il faut faire face à une concurrence directement sortie d’internet ou « CanalSat. ». Les tubes qui passent en boucle à la télévision sont les mêmes dans le monde entier. Nous avons du « Bella » ou du Miley Cirus qui nous martèlent le cerveau à longueur de journée.

Jean-Emilien déplore la disparition des musiques traditionnelles « malagasy ». Originaire de Talata (village Betsileo), il voit d’année en année la musique de ses ancêtres dépérir. « Internet influence et dégrade le patrimoine culturel malgache ». L’homme orchestre se bât à coup de chant, de contacts, de rencontres, d’interviews, toutes les armes sont bonnes pour transmettre son message.

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Jean-Emilien a commencé l’harmonica à l’âge de 5 ans. Lors de la fête de l’indépendance, un concert est organisé à l’école de Talata. Ce jour-là, le jeune garçon remplacera l’accordéoniste du groupe avec son harmonica. Il est rapidement repéré par le maire du village qui lui propose de l’aider dans son apprentissage. Vers 17 ans, il commence à mélanger cabosse  et harmonica. En 1983, il fait un de ses tout premiers concerts à la salle des fêtes de Tananarive.

« Il y avait tellement de monde que je fermais les yeux en jouant, par timidité. Lorsque, tout à coup, j’ai pris un projectile en pleine tête. J’ai ouvert les yeux. Il s’agissait en fait d’une chaussette remplie de monnaie. C’est là que j’ai compris que ça pourrait fonctionner ».

En 1989, Jean-Emilien quitte Madagascar pour Paris. Il est repéré par le producteur de la maison de disques Celluloide qui va démarcher pour le faire tourner un maximum.

Jean-Emilien nous explique ses expériences à l’étranger. Notamment à Paris-bercy, pour une première partie de Carlos Santana en 1992 ;  à Bruxelles, au festival Couleur Café, ou encore aux Francopholies de Montréal ;  avec Bernard Lavillier, etc.

Pour ceux qui ne parlent pas malgache, cette composition s’intitule « Pensée pour l’avenir ». Elle traite de la préservation de la nature, pas toujours correctement respectée sur l’île. On observe, en effet, de gros problèmes de déboisement. Pour les détails, allez jeter un oeil sur Ushuaia Tv, Nicolas Hulot se fait un plaisir d’expliquer les problèmes environnementaux de la Grande île.

Jean-Emilien prend position dans pas mal de ses chansons. Dans une autre qu’il nous présente ce jour-là, il traite de la condition sociale et de l’énorme fracture qui s’est créée ici à Madagascar, surtout ses dernières années avec les problèmes gouvernementaux du pays.

Finalement, Jean-Emilien nous confie que ce qui lui plait dans la musique, c’est son mélange d’influences, de sonorités, « comme un bon plat malgache avec des ingrédients provenant de toute l’île et donnant un truc, …  très bon ».

Une réflexion sur “Jean-Emilien

  1. Ping : Jean-Emilien : l’homme orchestre | Conseil Jeunesse Développement

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