YOJIMBO

Voilà déjà un moment que nous sommes rentrés de notre voyage. Comme on se l’imaginait, il reste encore quelques vidéos et articles sur la ligne de touche. Nous avons néanmoins pris du plaisir en retournant fouiner dans le disque dur, à la recherche de ces sons, ces personnalités qui ont marquées notre périple.

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C’est John Stone, le musicien barbu que nous avions rencontré à Lafayette qui nous a rencardé sur ce jeune groupe de la Nouvelle Orléans. Yojimbo donnait durant cette période une représentation tous les mercredis dans un bar de la ville. Nous n’avons malheureusement que trop brièvement discuté avec Carly Meyers la chanteuse, ce qui nous laisse un goût de trop peu car une fois sur scène, on se dit que c’est le genre de fille avec qui on irait bien boire un verre. C’est une pile électrique qui ricoche dans les 9 m2 qui lui sont offert et ainsi réussi à transmettre au public toute sa folie. Ses musiciens sont tous aussi tarés qu’elle. Yojimbo est un groupe à voir par tous les temps, toutes les humeurs .

Une épopée musicale au coeur de la Nouvelle Orléans

La Nouvelle Orléans n’est pour sûr, pas à l’image d’une Amérique qui flotte dans nos esprits. Loin de l’idée qu’on peut se faire de ces drôles d’Etats-Unis, il existe un ville à l’architecture latino-créole qui explose en mille couleurs au creux de la Louisiane.

Dans les rues perpendiculaires, qu’on parcourt à coups de pédales, des galeries d’arts et vieux entrepôts, repris par des artistes underground, ouvrent leurs portes sur une vie culturelle foisonnante.

Des rocking chairs balancent sur des porches mauves, jaunes, verts, … des lierres grimpent sur les balcons en fer forgé du quartier français, des fontaines, des magasins vintage qui proposent des robes des années 20.

La musique résonne du matin au soir dans les dizaines de bars et Jazz Club. Elle se disperse dans les rues du quartier français jusqu’au plus vieux quartier de la ville que certains connaissent peut-être : Treme.

Ici, on ne dort pas monsieur! On rit, on chante, on danse dans les rues. L’ambiance c’est vous, c’est lui et moi aussi !

Un saxophone pleure, bientôt rejoint par d’autres musiciens qui passaient par là. Il y a de la place pour tous et si tu hésites encore un peu quand il s’agit de souffler dans ta trompette, viens quand même sur scène et fais partie de la fête!

Ici, les musiciens c’est comme une grande famille, ils se connaissent presque tous…

Il faut, je pense, le voir pour le croire et le vivre pour ressentir pleinement l’atmosphère qui règne sur ce petit monde à part.

Les noctambules déambulent dans les rues, passent d’un jazz bar à l’autre pour découvrir l’effervescence du soir. Le jour, on se promène au rythme des artistes de rue, on s’arrête, on continue.

Les locaux se saluent, des artistes peintres, diseurs de bonne aventure, installent leur échoppe le long de Jackson Square.

Un peu plus loin un duo bicolore et bi-instrumental a ouvert son étui rigide pour récolter quelques dollars. Ils animent la place au son d’une trompette, d’un banjo, d’une voix. On profite d’une brève pause pour les aborder et leur proposer de faire partie de notre aventure.

Ils en sont! Nick Snyder et Branden Lewis du groupe The Swamp Kitchen 

site internet : http://www.swampkitchen.com/

Ce nom étrange The Swamp Kitchen, qu’on pourrait littéralement traduire comme “Les Cuisines du Marais” a une connotation bien locale. Il suffit de jeter un oeil sur une carte de la région ou de regarder l’un des derniers Disney : La Princesse et la grenouille pour découvrir que NOLA (Nouvelle Orléans) est au coeur d’un marécage étendu; où alligators et mousse espagnole font des cyprès centenaires leur terrain de jeu.

D’autres artistes y ont trouvé leur inspiration pour nommer leur groupe. Par exemple, The Swamp Donkeys où « Les Ânes du Marais », que nous avons rencontrés une après-midi à La Maison Bourbon. C’était en plein centre du French Quarter.

On vous propose ici de passer la porte d’entrée d’une des enseignes les plus réputées pour les artistes qu’elle produit. A l’heure de la sieste, par une chaude après-midi louisianaise, les musiciens nous bercent en reprenant un titre Steve Martin, Tonight You Belong To Me.

Que la fête continue… 

Comme nous vous l’avons affirmé, la ville musicale ne déchante jamais. On vous emmène alors vers notre dernière destination, à l’autre bout de la Nouvelle Orléans dans un quartier retiré où la Second Line bat son plein un dimanche après-midi…

Le concept est vieux comme une grand-mère qui swing. A l’image des danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest, The Second Line est une parade qui accompagne les processions funéraires, mais aussi les après-midis barbecue, célèbre la liberté des noirs américains, en passant par Mardi Gras … Aujourd’hui toute occasion est bonne pour mettre en place de tels cortèges dansant qui rassemblent tous les amateurs de jazz.

La First Line, ou première ligne, comprend les artistes et groupes officiels de musiciens et danseurs. Les habitants, plus qu’investis dans la parade et qui représentent toute la quintessence de l’évènement, forment une « Second Line » explosive qu’on ne peut s’empêcher de suivre… Elle se forme et s’amplifie au son de l’orchestre itinérant qui attrape les gens au passage…

Si vous les croisez, considérez-vous chanceux car, d’une part vous êtes dès lors assurés de passer un bon moment, plus que typique, à la Nouvelle Orléans, mais aussi car, difficile de prévoir : l’heure et le lieu de rendez-vous ne sont rarement révélés que quelques dizaines de minutes avant le départ.

 Voici un petit aperçu :

La barbichette de Lafayette

Nous avons rencontré Jon Stone, artiste et amis, à Lafayette, ville connue pour sa musique Cajun et Zydeco que vous pouvez découvrir dans l’un de nos précédent article.

Lorsque, le jour de notre arrivée dans la ville, nous posons nos sacs à dos pour manger des nachos au fromage, un barbu nous aborde. Faut dire que des backpackers en visite à Lafayette c’est pas ce qu il y a de plus commode.

Le courant passe directement entre nous. Nous nous donnons alors rendez-vous pour une bière. Plus tard, après l’un de ses concerts, il nous proposera une virée en kayak sur le Lake Martin. Ce lac, correspond à l’image traditionnelle que l’on peut se faire de la Louisiane, des cyprès centenaires, des alligators ainsi qu’une large variété d’oiseaux.

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Enfin, il nous prêtera sa maison au bord du bayou le temps d’un week-end…

Nous voulions vraiment capter et mémoriser la musique de Jon afin de pouvoir la partager avec vous. D’abord car nous apprécions ce qu’il fait mais aussi car il fait partie des personnes qui ont occupé une place importante dans notre aventure. Chaque rencontre avec les musiciens est différente. On est parfois de passage dans la vie des uns, d’autres deviennent des amis qu’on se promet de revoir un jour.

Les Etats-Unis comme on les aime résonnent sacrément bien dans ses notes. Un vieux banjo au cou de mandoline datant des années 20′, un porche aux rocking chairs grinçants, une barbe et l’bayou ça fait toute une histoire. L’inspiration de Jon trouve sa source dans un « Old American Style » (Blue Grass, Mississippi Delta Blues, Country Music) et prend parfois des airs du Kentucky.

Originaire du Kentucky, un papa musicien, avec une préférence pour la musique acoustique, Jon s’inspire de la vie de tous les jours lorsqu’il compose ses chansons.

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Membre du groupe The Vagabond Swing, il a longtemps voyagé à travers les Etats-Unis. Un vrai « band » qui parcoure les routes dans un van et joue dans les villes et campagnes. Le groupe mixe le swing d’Amérique à la musique des Balkans.

Après quelques années à tourner à travers le pays, il sent l’envie de se poser : une petite maison, pour une vie tranquille avec sa femme.

Aujourd’hui, Jon est charpentier et continue de jouer pour son plaisir. Il écrit cette chanson Muddy River qui raconte l’histoire des lieux, d’un quotidien.

La rivière qui coule au fond du jardin, une vie agréable faite de pêche, du travail de la terre dans un « Southern Rythm of Music ».

Russel’s Cajun barbecue sauce

Voici Russel Hiltz. Il joue de l’harmonica depuis qu’il a dix ans. Sa passion pour la musique l’a amené à rencontrer de grandes figures de la scène Blues, Jazz, Cajun et Zydeco.

Notre rencontre s’est passée très rapidement. On a juste eu le temps de parler de musiciens comme Chuck Berry, Sonny Terry et Brownie McGee, …  Il a joué pour quelques premières parties de concert et pourtant sans jamais vraiment en faire sa profession.

Son business, c’est la sauce barbecue. A l’instar de JT dans le film « Planet Terror » de Robert Rodriguez, il a probablement découvert LA recette de la sauce barbecue qu’il garde bien pour lui.

Lors de notre rencontre, il emmène avec lui une feuille de papier sur laquelle est écrit quelques titres de Blues et Rockabilly. On choisit ensemble « Blue Suede Shoes » écrit et enregistré par Carl Perkins mais très vite reprise par Elvis Presley qui en a fait un grand classique de Rockabilly.

Un week-end à Lafayette, sans galerie.

Tout roule comme un dimanche. Il est 18h et nous sommes chez Hugh, notre hôte couchsurfing. C’est grâce à ces quelques minutes de repos que je me rends compte que le week-end a été chargé en découverte musicale.

Retour en arrière…

Comme chaque vendredi, la ville de Lafayette en Louisiane organise un concert gratuit en plein air. Les habitants ont apparemment pris goût à cet évènement. Chacun apporte sa propre chaise pliable. Je me dis que, si ce rendez-vous hebdomadaire avait lieu à Comines, j’en ferais, moi aussi, l’investissement.

 

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Notre soirée du vendredi s’oriente ensuite vers le bar-restaurant Pat’s. C’est là que nous faisons notre première rencontre avec la musique zydeco typique de Louisiane. Sur scène : un bassiste, un batteur, un guitariste, un gratteur de washboard et un accordéoniste-chanteur. Nous avons observé la même formation pour tous les concerts zydeco ce week-end-là.

Zydeco et cajun se côtoient sur le podium des musiques régionales.

Vous expliquer la différence qu’il existe entre ces deux types musicaux est une autre histoire. Certains locaux ne font même pas de distinction.

Les deux styles vont puiser leur origine d’une part chez les canadiens francophones descendus en Louisiane vers 1755 et d’autre part chez la population africaine descendante des esclaves du Sud. Mis à part la couleur de peau des musiciens, et ce n’est pas toujours le cas, le zydeco serait plus festif et dansant alors que la musique cajun se joue à un tempo plus lent et souvent de manière acoustique.

Le jour suivant nous a définitivement permis d’entrer plus en profondeur dans cette culture qui attisait notre curiosité.

Tous les samedis matin, le Café Des Amis accueille sa clientèle pour un brunch. Au menu : Bloody Mary (jus de tomate frais avec une lichette de vodka, olives et haricots.), beignets en tout genre (nous choisissons celui au boudin), bières locales, oeufs, … mais surtout, surtout, un groupe zydeco.

Il est 8h du matin lorsque les amplis passent sur « ON » , le café est déjà bondé. Terry & the Zydeco bad-boys commencent à peine leur première chanson que déjà, cinq couples ont pris place sur le dance floor. Ils seront rejoins quelques minutes plus tard par le reste des danseurs latents qui faisaient mine de rien, accoudés au bar en rondillant du pouce sur le zinc.

 

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Ici, une vidéo du groupe trouvée sur Youtube

Entre deux bouchées de boudin au beignet; ou était-ce le contraire? nous apercevons quelques visages familiés de la veille.

Les artistes chantent en français. Du moins, ici, on appelle cela du français. Il serait plus juste de le nommer créole. Lorsqu’on tend l’oreille, des mots compréhensibles se dégagent. Après un peu d’entraînement, on peut même comprendre de quoi ça cause : histoires d’amour et problèmes quotidiens. Un contenu pas toujours joyeux alors que, la musique l’est bien.

Il est 11h lorsque nous rejoignons le Café Joie de vivre. Le brunch nous a donné l’énergie suffisante pour parcourir les quelques mètres qui séparent les deux établissements.

Comme tous les samedis, le café organise une Jam session de musique cajun.

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Des dizaines de musiciens apprentis ou confirmés se partagent un espace dédié à la musique, le reste de la clientèle écoute.

Je reconnais l’accordéon diatonique typiquement cajun qu’on utilise aussi pour la musique zydeco. Le violon, la contre-bassine, une mandoline et la guitare sèche sont aussi de la partie.

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On y trouve des gens de tout âge. Un vieux monsieur nous fait la conversation en français tandis qu’une adolescente mène la danse avec son accordéon. Ces réunions régulières permettent de faire perdurer la culture musicale.

Il y a aussi cette jolie chanson dont le titre fait pourtant grincer nos oreilles : « Si je pourrais … » . Peu importe les règles, ici, ce ne sont pas les mêmes et nous sommes loin du continent souche.

Un peu plus tard dans l’après-midi, nous nous rendons à un festival cajun, sur un parking non loin de là. Bonsoir catin s’y produit. La musique s’est armée d’ampli cette fois-ci. Les danseurs ont fait leur réapparition et ne se font pas prier.

On écoute « Si je pourrais …  » une nouvelle fois, histoire de bien comprendre les paroles.

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Les cinq filles et leur batteur sur scène reprennent également « Baby please don’t go » version cajun, qui nous rappelle notre première vidéo à Bruxelles avec Olivier de Tram33.

Nous continuons notre périple avec toujours autant de zydeco et cajun music (restaurant Randol’s, Vermillon Ville, etc…). Désormais, nous avons passé l’étape du simple échange de regard avec les danseurs. On se reconnaît, on échange quelques phrases accompagnées d’une bonne poignée de main.

Nous terminons le week-end chez Hugh qui nous propose un morceau de musique cajun intitulé « Parting Waltz » de Wallace Cheese Read.

 

 

Hugh possède un vieille maison en cyprès dont il nous a ouvert les portes pour quelques jours. Il nous aura fait découvrir un autre Lafayette. Une ville en apparence endormie et au rue parfois désertes mais qui se réveille au son des guitares, violons et accordéons dans une ambiance chaleureuse.

La route du blues

Avec une arrivée prévue à Chicago, nous parcourrons la route du blues pour une descente du Mississippi jusqu’à la Nouvelle-Orléans. La route du blues correspond à la route empruntée par les noirs bluesmen quittant les états du Sud pour rejoindre les grandes villes industrielles du Nord. Ils fuyaient la misère de l’esclavage et les vices de la ségrégation sociale. Ces réalités sont devenues les sources d’inspiration de ces artistes.

Le blues est une musique née des esclaves noirs qui chantaient dans les champs de coton. A l’instar de la musique classique, il est à la base de genres musicaux influents ayant marqué l’histoire de la musique. Le jazz, le rythme and blues, le rock’n’roll et bien plus encore comme le reggae, ska, hip-hop qui en sont des dérivés.

En levant le pouce, nous nous arrêterons dans ces villes qui ont marqué l’histoire du blues. Nous serons à l’affût de rassemblements musicaux, de prestations spontanées ou de conseils pour trouver les artistes qui reflètent ce qu’est devenu le blues d’aujourd’hui. Chicago, Saint-Louis, Nashville, Memphis, … sont, nous dit-on, des lieux incontournables où chaque soir les musiciens se réunissent. Un passage en Louisiane, considéré comme le berceau du jazz, arrivera comme une belle conclusion.