La musique … une autre histoire

Après un mois et demi passé au Laos, nous approchons de la frontière thaï. Le moteur du bateau ronfle depuis quelques heures sur le Mékong. Nous remontons doucement vers le village de Pakbeng, dernière halte avant de traverser la ligne imaginaire qui sépare les deux pays.

En fin d’après-midi, nous accostons sur une piste de terre mouillée, où les femmes et enfants des hoteliers nous proposent des logements. Le relief et les habitations nous rappellent les villages des Alpes. Des auberges avec des balcons de bois, des chalets modestes éclairés à la bougie.

Le soir, les rues s’animent au son des langues des quatre coins du monde et le règne des tongs à fleurs s’impose. Le jour, les touristes désertent. On peut alors découvrir tout le charme des lieux.

Sivilaï est un jeune papa souriant qui tient le Sabaidee Restaurant. Il accueille les clients dans un français maladroit mais chantant. Nous lui parlons du projet,  les artistes laotiens manquent à l’appel. Alors, Sivilai nous envoie à quelques kilomètres de là.

On ne sait pas vraiment où l’on va, ni ce qu’on y trouvera mais marcher le long de cette route en côtoyant les montagnes, c’est déjà une aventure. Il n’y a pas un chat bien qu’une moto passe de temps en temps. Deux blancs-becs le long d’une route au milieu de nul part, ça attire l’attention.

Sivilaï nous dépasse en moto, il nous salue un poulet à la main. Nous le rejoignons plus tard à l’école. L’ami qu’il désire nous présenter s’est installé une cabane de bois au fond de la court en terre battue.

C’est les vacances et le silence du dimanche règne. La rivière coule à quelques mètres, une jeune conductrice apprend à rouler. Ça nous rappelle certains dimanches en Belgique.

(Laos)

(Laos)

Kiam Pan est l’ancien directeur de l’école. Il est aussi musicien. Après un mauvais coup du sort qui lui fait perdre l’usage de ses jambes et de sa main gauche, jouer de la guitare s’avère plus difficile que prévu. Il persiste, se fait poète et trouve son bonheur dans les histoires qu’il chante.

Kiam est aussi gêné que nous, c’est à dire pas tellement, mais la barrière de la langue nous empêche de nous rencontrer vraiment, même si les sourires c’est bien un truc universel. Alors on se sourit.

Il nous regarde installer notre matériel, l’appareil sur l’épaulière, un enregistreur sur un mini trépied. Nous on regarde, ses poulets et sa chaise roulante bricolée qui a du style. Lorsque nos regards se croisent, on sait qu’on a des choses à se raconter, alors on décide de passer par la musique. C’est comme ça que Kiam Pian nous a offert un petit bout de sa vie.

On l’entend quelques fois prononcer le nom du village Pakbeng, on devine. Il raconte son affection pour ce petit coin perdu niché dans les montagnes au bord du Mékong. Il conte la beauté des lieux, selon Sivilaï, qui écoute ces vers. On imagine alors l’éloge faite à la douce torpeur qui règne ici.

Peu importe ici la qualité de la prestation, le musicien représente la musique comme langage universel. Sur ce terrain de terre battue, nous nous sommes compris, un peu.

Nous avons remballer nos instruments audio-visuels et lui le sien. Après de grands signes au bout du chemin. Nous avons repris la route.

Sans doute Kiam Pian se souviendra de ces deux drôles de touristes à la requête étrange.

Nous, nous avons découvert l’histoire d’un homme qui vit dans un pays que nous avons pris tant de plaisir à traverser de bas en haut, d’un bout à l’autre.