Rolf et Imiangaly, un coup de coeur à Madagascar

C’est au Tana Arts Café, lors de nos premiers pas dans la capitale, à l’aube de notre périple, que nous avions été conquis par cette voix jazzy sortant d’une stéréo grésillante.

Bien plus tard, c’est un jeune couple bien assorti tant au niveau capillaire que musical qui nous a ouvert les portes de leur maison en toute simplicité. Curieux face au projet et toujours partant pour une nouvelle rencontre, ils nous ont accueillis.
Capture d’écran 2014-03-07 à 14.14.06
Autour d’un verre, Rolf nous raconte qu’il y a 7 ans, il a trouvé la choriste tant espérée ainsi qu’une femme splendide pour partager sa vie. Avec déjà une longue carrière derrière lui et quelques titres populaires à son actif, il joue aujourd’hui en osmose avec son instrument. Sa basse, maîtrisée, apparait comme le prolongement des ses membres, une part entière de sa personnalité. Derrière une apparence très Rock’n’Roll, on découvre un gars ouvert et bourré d’humour.
Imiangaly qui a commencé la musique du haut de ses 17 ans en intégrant une chorale. Elle s’imprègne de musiques malgaches, des classiques d’opérettes et s’écoute les Grands du jazz. Son quotidien : un large panel de variantes blues et « du bon Funk ». Souriante et chaleureuse cette jeune maman a tout pour plaire.
Ajoutons que ces deux artistes complémentaires travaillent également de façon indépendante. Quand Rolf fait des concerts avec le groupe VOOTS et travaille sur ses nouvelles compositions, Imiangaly réalise son premier album solo que nous allons suivre de près.
Ils prennent plaisir à partager leur musique à qui veut bien l’entendre et pourquoi pas, faire connaître la culture musicale de la Grande île aux gens du bout du monde.
Sans prétention, ici on improvise, on rit, on partage. Cette spontanéité donne un goût tout particulier à leur musique, reflet de leur générosité.

William le rasta

A la sortie de l’auberge Raza, des enfants traînent. Nous sommes arrivés ici pour prendre la dernière ligne de train encore en service à Madagascar pour rejoindre la côte Est. Fianar, d’un premier abord peu chaleureuse, n’est pour nous qu’un lieu de passage.

« Hé Vazaha, ça va ? Comment tu t’appelles ? »  

Anouchka et Raymond nous suivent dans les rues sombres désertées par l’activité bouillonnante du jour. Dans les rues de Fianarantsao, ils errent pour raconter leur ville, exercer leur français, vendre leurs cartes, demander un cahier. C’est ce soir que nous nous rendons Chez Dom, restaurant coloré et chaleureux où se retrouvent les « vazaha », étrangers en malgache , expat’ et guides touristiques bien sûr. La basse saison aidant nous avons l’endroit pour nous. Très vite nous sommes au bar avec Dekie le tenancier qui nous parle d’un dreadeux, Bob, qui fait de la musique. Ça description fait échos dans nos esprits, nous en avons déjà entendus parlé via Rémi, l’expatrier français qui chantonnait dans les couloirs de l’auberge. Nous flairons la piste et décidons de le contacter dès le lendemain.

Quelques petits rhums arrangés délient les langues on parle politique, musique et zébus. Ici, on connaît Goldman et on aime. Un homme passe la porte du bar et se présente : William le Rasta, rien que ça. « On vous cherchait » qu’on lui sort. Un hasard bien posé le fait venir à nous. Le train part sans nous. Demain, nous avons rendez-vous. Cette ville cachait bien son jeu. L’ancien du quartier, est le premier malgache rasta que nous croisons sur le pays.

Large-wordpress

 Arrivés au Raza hôtel, Bob sort sa vieille guitare qui a apparemment déjà bien servie. Le son de ses cordes nous le rappelle. Peu importe, le personnage et l’énergie de son jeu prennent le dessus. En toute simplicité, il se pose et prend son pied à nous jouer ses morceaux, dont « Fleure magique », un blues qui compte l’histoire d’une femme. « Si tu refuse la fleur, ne la jette pas mais garde là en souvenir de notre amour. » .

William, ou Bob pour les intimes, vit pour la musique. Entre reggae, blues et chansons traditionnelles malgaches, il compose, improvise et arrange. Vous pourrez le croiser dans des événements, des guesthouses, avec ses potes, dans les bars… «  Pour moi la musique c’est comme de la nourriture, si je n’en fais, je me sens malade » Cet homme plein d’humour avec une sacrée gueule est né ici à Fianar. Des quelques notes que son frère lui a transmises, il a évolué entant que musicien autodidacte. A 60 ans William est le dernier du groupe Rasta Power. Ce qui ne l’empêche pas de répondre à l’appel de la fête du 11 mai, en hommage à Bob Marley. Une soirée haute en couleur assurée par ce gaillard édenté. Bob est auteur, compositeur et chanteur. Au milieu des années 70 il est pris par l’engouement musical de l’époque et se met à composer. Cette « belle époque », comme il l’appelle, lui a permis de s’enivrer de rock’n’roll, de blues et rythm’n’blues en passant par le reggae. Il les met « à la sienne » sans oublier les musiques traditionnelles Bétsiléo. La musique est une façon pour lui de laisser des traces et de suivre sa philosophie. « On ne vit qu’une seule fois, si on arrive à faire des bonnes choses ça reste pour les vivants. On ne peut pas emmener ça dans la tombe » Avec une petite trentaine de chansons à son actif, ce « muzicos » rêve de campagne, de liberté et de musique. Depuis 10 ans, il travaille comme guides touristiques et vendeur de pierres précieuses, un savoir-faire transmis de père en fils. Il nous l’explique en fin connaisseur passionné. Cette activité lui permet gagner sa croûte entre quelques notes. Mais quand on parle de musique, on ne l’arrête plus, pour notre plus grand plaisir d’ailleurs.

Capture d’écran 2014-01-21 à 14.17.54

 « On est pas des anges, chacun ses faiblesses… »

Une île Est-africaine

Située en plein océan indien, cette île volcanique brasse différentes cultures du fait de sa position géographique. Entre Afrique noir et Asie, les vagues d’immigrations nous laissent imaginer les diverses formes musicales développées au fil des années. Mélange d’influences, percussions et voix, les musiciens malgaches allient de nombreux instruments tant à vent qu’à cordes.

C’est ici, à l’école de musique de Diego Suarez que commence notre périple. Fondé en 2000 par l’association Zomaré, le projet promeut la musique du Nord de Madagascar au-delà des frontières et forme de jeunes artistes en herbe en collaboration étroite avec l’île de La Réunion. Nous rencontrerons les personnes investies dans ce projet, élèves et enseignants pour comprendre la musique nord-malgache et découvrir ses sonorités.